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Kobura to pansā

Summary:

Il y a trois choses qui comptent pour moi : les thunes ; le confort ; la baise.

Mon job de Bounty Hunter, c'est pour m'offrir les trois et les savourer plus encore quand je reviens de chasse, le portefeuille plein et les chargeurs vides. Rien de personnel.

Sauf quand on m'offre sur un plateau d'argent le connard qui a osé toucher à ce que j'ai de plus précieux. Un connard recherché depuis belle-lurette, avec une prime à faire baver un assoiffé, et qui a changé de visage pour vivre la belle vie. J'ai hâte de lui défigurer sa jolie petite gueule toute neuve en lui apposant ma marque.

Le confort et la baise vont devoir attendre, la chasse commence.

Chapter 1: Le beurre...

Chapter Text

Une détonation claqua dans l'obscurité de la ruelle, rebondissant en échos assourdissants sur les murs couverts de crasse et suintants. Le feu jaillit de la gueule du canon, chassant les ombres un infime instant, juste assez pour se faire capturer par l'acier en un miroitement fugitif. Le sang gicla, éclaboussant le bitume et les bennes à ordures environnantes. 

Tout s'était passé en une fraction de seconde. 

L'écho du coup de feu n'avait pas encore cessé de se répercuter que tout était déjà fini. Tout ce mal pour une conclusion aussi courte, ça fait mal.

Avec lenteur, je m'approchai du macchabée étalé devant moi. Tout du moins, j'espérai qu'il était bien mort.

Ne prenant aucun risque, je filai un coup de pied dans le flingue qu'il tenait encore, propulsant l'arme au loin, et lui pétant un ou deux doigts au passage. Le craquement m'arracha une grimace. Je détestais ce genre de bruit. Je le trouvais plus dérangeant que celui de l’acier se frayant un chemin dans le gras et la viande. Il avait quelque chose de plus franc et froid, plus définitif dans sa brièveté.

Peu importait, je n'avais pas envie de me prendre une balle par manque de précaution ou par délicatesse pour cette enflure. Malgré la douleur qu'aurait dû provoquer la fracture, il ne moufta pas. Bon signe, mais ne jamais se fier aux apparences. Ce fumier pouvait tout aussi bien se retenir de hurler pour m'avoir par surprise. Je lui avais assez couru au cul pour savoir que ce connard était capable de tout, et surtout du pire.

Le poignard en main, prêt à être plongé dans les chairs, je me baissai, et d'un rapide mouvement, je pris son pouls. 

Geste en soit futile si on le comparait à l'entaille béante et sanguinolente que mes doigts effleurèrent en palpant son cou.

Mais les règles étaient les règles. Même si le coup paraissait mortel, toujours vérifier qu'il avait été effectué avec précision et n'avait pas raté son but. 

La lame aurait très bien pu ne pas trancher assez profondément et ne pas entamer les artères et la trachée. Toujours se méfier, même de soi-même et de ses propres capacités. 

Avec un soupir, je tendis l'oreille. Pas de cri alarmé, pas de clameurs indiquant que le voisinage avait été réveillé, ou tout du moins que quelqu’un cherchait à savoir ce qu'il se passait. Pas de sirène se rapprochant, annonçant l'arrivée d'une voiture de police ou d'une ambulance. Juste le silence.

Cette planète était vraiment craignos. Le genre de monde où les flics et les secours ne s'aventuraient jamais. Là où si tu voulais survivre, tu devais bouffer ton prochain, dans tous les sens du terme. Là où la justice était remise entre les mains de gens comme moi.

Sans plus d'émotion, j'essuyais mon couteau couvert de sang sur le manteau du déjà bien imbibé de rouge, avant de me redresser, grimaçant lorsqu'une vive douleur me lança dans le flanc. 

Je soulevai délicatement mon marcel troué et calciné sur le pourtour de l'éraflure. Le rayon n'avait fait que m'effleurer, ne laissant derrière qu'une fine plaie, dont les bords avaient été cautérisés. 

Comme quoi il fallait se méfier des coups que l'on portait. Ce con était persuadé de me buter en pressant la détente au dernier moment, son flingue quasiment enfoncé dans mon ventre. 

Il m'avait suffi de dévier son bras juste avant qu'il se décide à tirer, et de l'égorger d'un coup sec et précis. 

Mais ce genre de blessure allait encore me valoir un sacré pourcentage de ma paye. Et merde ! Même sur une planète avec un bon système de santé, les médecins n'étaient pas postés à chaque coin de rue, et leurs services coûtaient la peau du cul. Ho, et puis merde, un peu d'alcool, un bandage et on n'en  parlerait plus ! Pas besoin d'aller voir un de ces détrousseurs.

Me retournant vers ma cible, je réfléchis au moyen de le trimballer jusqu'au poste le plus proche, soit dans le système solaire voisin. Je me voyais mal traverser en bécane toute la ville avec un cadavre sur le dos, et le voyage allait être sympa avec ça dans la cale de mon vaisseau. Bordel, la chambre froide était déjà blindée de vivres, je n'allais pas avoir la place de l’y fourrer.

J'aurais peut-être mieux fait de le garder en vie… Non, il m'avait déjà échappé une fois, emportant avec lui la prime qui planait au-dessus de sa tête. Sans parler du danger qu'il représentait. Mieux valait en finir une bonne fois pour toutes. 

Les autres avaient raison, je perdais juste mon temps et prenais des risques inutiles à vouloir capturer mes contrats vivants. Sans parler des autorités qui se plaignaient que je leur coûtais une fortune à ne chasser que le gros gibier, les pauvres chouinaient que je les forçais à débourser encore un peu plus pour l'incarcération de tous les malades que je ramenais vivants.

Genre une crémation vite fait bien fait leur coûterait plus cher que de les envoyer au pénitencier pour du travail forcé jusqu’à la fin de leurs jours. C’était l’hôpital qui se foutait de la charité ! Les cendres, revendues aux planètes agricoles, couvraient à peine les frais de la boîte en carton et de la combustion, alors que le prix de la surveillance et de la bouffe étaient largement compensé par des années d’esclavage !

Je n’allais pas me plaindre de me salir les mains et de tuer ces crevards… mais c’était souvent trop rapide et définitif comme châtiment pour les crimes commis. Alors qu’une existence entière sans espérance, sans délivrance, ça, c’était un peu plus équitable et une vraie punition. Je me foutais royalement du fric qu'on pouvait claquer pour eux ou des récoltes qui n'auraient pas droit à un peu d'engrais en plus. 

Au moins cette fois-ci ils ne me feraient pas chier sur ce détail. Mais restait encore le problème du transport. Avec un nouveau soupir, plus bruyant et profond, je me résolus à faire la seule chose qui me dérangeait dans ce boulot.

Un corps était encombrant, une tête passerait facilement dans un sac, et c'était amplement suffisant pour recevoir la prime. Pour le reste, je laissai ça aux soins des bestiaux errants, ou toutes autres créatures qui crevaient la dalle, qu'elles fussent animales ou humanoïdes.

Ouais, bienvenue sur une planète de merde au trou du cul paumé des confins, aux côtés d’un trou du cul de première. J’en avais marre de cette chasse. Je voulais rentrer et me pieuter.

Ils faisaient chier tous ces connards à venir dans des coins craignos pour se planquer. Ils ne pouvaient pas choisir une lune un peu cossue, dans des quartiers pas trop crades ? Je ne demandais pas que ce soit dans un hôtel de luxe, juste… un coin où je pouvais profiter derrière ? Et où le poste le plus proche n’était pas à plusieurs années lumières ?

Ok, la prime de risque était conséquente quand la chasse m’amenait sur des mondes hostiles. Mais quand on ne traquait que les gros morceaux à plusieurs milliers de briques, c’était pas ça qui allait ajouter un zéro sur la paye.

Mouais… c’était surtout que sur les cailloux plus confortables, la police avait moins peur de se ramener et de faire son taff. Pour le reste, c’était à des connards dans mon genre de s’y coller. Merci, vraiment merci !

Serial killers, psychopathes, criminels de guerre, pirate de l’espace, ça rapportait. Mais ils faisaient chier encore une foi, merde !

Alors que j’en foutais partout et galérais à briser la nuque, je songeais que je devrais peut-être enfin accepter les offres d’emplois qu’on me faisait de temps à autre. De la protection, des petites courses… s’ils avaient le flouze pour se le permettre, pourquoi pas ? Je pourrais bosser dans des conditions moins à chier, dans des zones plus confortables, avec des bars où se murger la gueule en fin de taff, où trouver de quoi tenir mes draps tièdes la nuit. Un taff pas trop contraignant et bien payé…

Ha ha ha, la bonne blague. Pour finir moi aussi traquée et avec encore plus de saloperies sur les épaules que je n’en avais déjà, non merci. Autant continuer à bosser les pieds dans la merde et les mains dans le sang des enculés qui voulaient m’employer.

Et voilà, le travail ! Que je détestais cette partie du job, putain !

Voilà que j'avais du sang jusqu’aux coudes, et mes fringues étaient bonnes pour le feu. Sans parler de la concentration qu'il fallait pour séparer "proprement" une tête d’un corps. Ça me rendait vulnérable, l’attention sur ce que je faisais et les mains occupées.

Toujours accroupie sur le cadavre, le poignard au poing de nouveau prêt à trancher dans la chair, je tendis l'oreille, tous les sens aux aguets. Pas un bruit, pas le moindre déplacement d'air, pas d'ombre se mouvant dans l'obscurité. Poussant mon énième soupir de la soirée, je me redressai en faisant craquer nuque et épaules. Je n’avais pas dormi depuis combien de temps ?

Non, mieux. Je n’avais pas dormi dans un lit confortable avec de la compagnie depuis combien de semaines ?

Il me semblait que la dernière fois, c’était avec cet éphèbe beau parleur qui savait utiliser sa langue bifide de bien des façons. Autant dire que ça faisait une paye. Ok, une fois la prime en poche, je me prendrais quelques jours de congés pour boire, me détendre et me faire chouchouter. J’avais enchaîné les contrats dernièrement, fallait que je ralentisse un peu.

Bon, où allais-je mettre cette tête, hein ? La saisissant par sa tignasse gluante d'hémoglobine, je la soulevai, la soupesai et cherchai du regard quelque chose pour l'emballer. Pas envie de défoncer un sac qui m'avait coûté un bras. 

Je trouvais, sur un tas de détritus, un vieux lambeau de tissus nauséabond. Ça valait mieux que rien, et ce connard ne méritait pas mieux. Avec précaution, je le pris du bout des doigts, l'enroulai autour de mon billet gagnant, et l'enfournai dans ma sacoche. Plus qu'à aller chercher mon fric. 

Et il ne fallait pas croire que c'était la partie la plus simple du boulot. Atteindre le commissariat ou le centre de police le plus proche sans se faire choper son butin, c’était un travail à part entière ! Il y avait beaucoup d’enflures qui s’étaient fait pour spécialité de voler les primes des autres, trop flemmards ou trop lâches pour faire le boulot en entier. Les éviter, c'était aussi galère que buter la cible.

Même si j’avais apposé ma marque sur ma proie, je ne voulais pas prendre le risque qu’un connard me la pique et aille réclamer la caution dans un bureau un peu moins scrupuleux et regardant sur la marchandise. Tous ne respectaient pas le code à la lettre.

Retrouver ma bécane ; pousser l'engin au maximum, là où les limitations de vitesse n'étaient plus que des panneaux bouffés par la rouille et l'oubli ; rejoindre mon vaisseau ; décoller sans encombre ; voyager jusqu’au système à côté. Une fois dans l’orbite de la planète sous contrôle de la patrouille intergalactique, je pourrais enfin souffler.

Glissant d'un recoin sombre à un autre, aussi souplement et discrètement qu'un chat, songe dans la nuit, hantise dans ce monde de cauchemar, colis sur l'épaule, je me dirigeai vers la planque que je m'étais installé dans le coin pour quelques jours. J’avais bien fait de voyager léger et de laisser le plus gros du matos et du dossier dans mon vaisseau. Ça m'aurait fait chier de devoir tout remballer. 

La pauvre paillasse que je m’étais foutue dans un coin et les quelques conserves mises de côtés resteraient là. Ça m’avait pas coûté grand-chose, je craignais que la couche fût déjà infestée de vermine, et dans tous les cas ça ferait des heureux une fois que je me serai barrée. Si j’avais ramené plus d’armes, je me serais bouffé les doigts à l’idée de laisser tout ça derrière moi. Y en aurait eu pour une fortune ! Et Stewart me tiendrai la jambe pendant des heures si je laissai ses trésors derrière.

Au bout d'un quart d'heure de marche silencieuse, faisant des détours monstrueux dans le seul but d'éviter toute rencontre ou de mener en bateau d'éventuels suiveurs, j'arrivais à une vieille baraque en ruine. Dans l’architecture locale, assez haute et à plusieurs étages, elle avait dû être magnifique autrefois. Avant qu'une bombe n'explose aux environs et que la toiture ne crame. Le temps et la pourriture, sans parler des squatteurs, avait fini de l'achever. 

Mais lorsque j'allais pénétrer par l'une des fenêtres brisées, un bruit me fit stopper net. Je glissai une main sur la crosse de mon Beretta, l'autre empoignant une grenade. 

Quand on se retrouvait nez à nez avec une quinzaine de raclures prêtes à tout pour vous buter, ce n'était pas avec une lame ou un flingue qu'on pouvait en venir à bout. Enfin si, si on est prêt à en baver pas mal et qu'on est assez résistant. Ou alors très optimiste. Voire complètement malade. Dans ce genre de situation, mieux valait avoir une bonne grenade à portée de main. La simple vue de l'engin suffisait généralement à faire reculer les assaillants. Après, quand l'intimidation foirait, y avait plus qu'à passer à l'acte, en espérant que l'explosion nous faucha pas au passage, tout en gardant en tête qu'il pouvait y avoir bien pire comme mort que de se faire sauter en mille morceaux de chair sanguinolente par sa propre grenade.

Toujours avoir une grenade sur soi. 

Pour en revenir au bruit, c'était juste une bestiole squelettique, sans poils et crasseuse,  pourvues de six pattes faiblardes, qui coursait un rat mutant avec la témérité du désespoir et de la faim. Je les regardai filer, avant de me glisser dans la maison, me faufilant jusqu'au garage. Là, d’une vieille caisse en bois vermoulu, je me dépêchai de sortir ma bécane, une Suzuki SV 1500 S, avec moteur électrique, position assise ou ventrale au choix, pouvant atteindre les 200 km/h en une seconde. Un vrai bijou ! Et qui m'avait couté la peau du cul ! 

Je chopai le casque dans le petit coffre de l’engin et y plaçai la tête à la place. Ça faisait la même taille et ce serait pas trop la galère à nettoyer.

Allez. En route pour décrocher le pognon !

Après une bonne heure à zigzaguer à toute berzingue dans la mégalopole de l’angoisse et des ordures, il me fallut encore une petite vingtaine de minutes pour atteindre un spatio-port délabré et en ruine. Y avait long feu qu’un vrai appareil s’était pas posé sur ses pistes. J’avais planqué mon vaisseau dans un des rares hangars encore debout. Tout ce que je voyais à perte de vue, c’était des carlingues bouffées jusqu’à la carcasse, par la rouille, les flammes, ou que savais-je encore !

Quand je montai la rampe d’accès et stoppai ma bécane dans la cale, je ressentis une pointe de soulagement en voyant la porte se refermer, avant de me foutre une mandale mentale monumentale : le soulagement, c'était synonyme de relâchement. Tant que je n’avais pas quitté ce système pourri, je ne pouvais pas me le permettre. 

Je m’allégeai rapidement et déposai vite fait quelques armes sur le panneau dédié. Notamment le laser automatique et trois ou quatre lames en trop, gardant mon épée dorsale, mon jeu de six dagues accroché au flanc, deux canifs planqués dans les bottes, et surtout mon Beretta dans son holster d'épaule. 

Si jamais une enflure s’était dit qu’elle m’attendrait sagement dans le cockpit pour me cueillir et rafler la mise, il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu’à l’épaule. Et au besoin je l’aiderais avec grand plaisir à réaliser cette prouesse physique en lui tenant moi-même le bras !

Bordel… les rayons de l’aube commençaient à montrer leur sale gueule à l’horizon. Je voulais pioncer merde !