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Cette journée ne se passait vraiment, vraiment pas comme prévu. Crowley cria encore de douleur, puis ferma les yeux et se prépara pour le prochain coup.
Il arriva vite, un coup dur au flanc qui lui avait certainement fêlé les côtes. Il hurla et se débattit faiblement, mais les humains le retinrent. Ils le passaient à tabac depuis quelques minutes, et n'avaient pas l'air de se fatiguer.
"Écoutez, écoutez," dit-il avec une bouche pleine de sang, puis cria alors qu'un autre coup violent l'atteignait. "Écoutez! J'ai de l'argent, ok? Je peux vous payer!"
Normalement, ça marchait. Dans l'ensemble, les humains étaient plutôt motivés par l'argent.
Ceux là ne l'étaient pas. Ils continuèrent juste de le frapper.
Tout ça n'était pas bon. Dans le meilleur des cas, ils se lasseraient bientôt et s'en iraient. Dans le pire des cas—ou presque pire des cas—ils le désincarneraient, et il en reprendrait une couche avec les tortionnaires de l'Enfer.
Mais il y avait une autre possibilité, encore pire que les autres. Les humains pourraient décider de le garder captif, et l'emmener autre part pour le torturer considérablement plus que simplement le tabasser.
Les tortionnaires de l'Enfer étaient fondamentalement mauvais. Mais les humains avaient de l'imagination, ce qui était vraiment, vraiment pire. Peut-être était ce la faute de Crowley, à cause de toute cette histoire avec la pomme.
Que ça soit sa faute ou non, Crowley ne voulait absolument pas se retrouver encore une fois du mauvais côté de l'imagination humaine. Il claqua des doigts, essayant de les faire partir avec un miracle, mais il n'arrivait pas à se concentrer. Un autre coup s'écrasa contre son corps, puis un autre. Et encore un autre.
Il ouvrit la bouche pour essayer de les convaincre d'arrêter tout ça, et s'étouffa à la place. Génial. S'étouffer serait tellement efficace. Ça allait tellement, tellement l'aider.
"Il ne crie plus", dit l'un d'entre eux, avec l'air d'être très déçu de cet état de fait.
"On l'a trop frappé d'un coup."
"On pourrait le ramener à la maison."
Ils rirent tous sombrement, et le cœur de Crowley se serra. Ohputainohputainohputain il était vraiment dans la merde. Il ne pouvait pas partir en marchant, ne pouvait pas utiliser de miracle…
Les humains discutèrent entre eux, puis attachèrent ses poignets et ses chevilles. Ils le jetèrent sur le dos d'un cheval puis, en riant à nouveau, prirent la route.
Crowley lança un dernier regard dans la direction du village qu'il avait voulu visiter, celui avec cette fantastique auberge qui servait un très bon hydromel. Puis ses yeux se fermèrent, et il devint à moitié inconscient et glissa dans une sorte de brouillard.
C'était un douloureux brouillard. Il avait mal absolument partout. Ça l'empêchait même de simplement essayer de somnoler .
Particulièrement en pendant sur le dos d'un cheval comme ça. Chaque pas le secouait et son estomac se retournait sans cesse. C'était pas bon. Merde, c'était vraiment pas bon.
Il était toujours seulement à demi conscient, mais également en larmes lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la nuit. Les humains le descendirent du dos du cheval avec violence et le jetèrent sur le sol froid. Ils le laissèrent là et partirent allumer un feu et se faire à manger.
Le feu était trop éloigné de lui pour le réchauffer. Ses tremblement, qui avaient commencé il y a un petit moment, devinrent encore plus convulsifs.
Ok. Ok. Ça allait. Peut-être qu'avec un peu de chance il se désincarnerait d'hypothermie avant qu'ils recommencent à le torturer.
"Bonjour!" appela une voix joyeuse, et la poitrine de Crowley se remplit de panique. Oh merde. "Je me demandais si je pouvais partager votre feu avec vous."
Crowley se força à ouvrir les yeux et fixa la tache floue blanche qui venait de descendre d'un cheval. Il ouvrit la bouche, essayant d'appeler Aziraphale, de le prévenir. Mais tout ce qu'il arrivait à faire était gémir.
La tache floue blanche se tourna vers lui. "Crowley? C'est toi ?"
Crowley gémit encore, cette fois pour confirmer. Ses dents claquaient et les vagues de tremblement qui le secouaient devinrent encore plus violentes. Sa vision s'assombrit sur les bords et ses oreilles commencèrent à siffler.
Les voix fortes n'aidaient pas le sifflement. Il aurait voulu qu'elles se taisent. Il voulait dormir.
Il ne comprenait pas grand chose de la conversation, même s'il avait entendu Aziraphale dire quelque chose du genre "pensez aux conséquences de vos mauvaises actions.". Ça avait l'air important. Pas pour lui—il était un démon et les mauvaises actions faisait partie du lot—mais pour quiconque à qui parlait Aziraphale.
Quelqu'un le toucha, et il grogna. Être touché lui faisait mal, vraiment mal. Il voulait dormir.
"Crowley ne t'endors pas!" Une main chaude tapota sa joue endolorie, et il grogna en signe de protestation. "Je suis désolé, mais tu es plutôt en grand danger de te désincarner. J'ai besoin que tu te concentres sur moi? Reste avec moi, ne t'en va pas."
"Pas grave," marmonna Crowley, étourdi. "M'en fiche."
"Et bien, moi j'en ai quelque chose à faire, vraiment. Qui ira déjeuner avec moi si tu te fais enfermer en Enfer?" Sa main lui caressa de nouveau la joue, cette fois avec plus de tendresse. "Attend Crowley. Je vais m'occuper de toi."
Des miracles commencèrent à le submerger, engendrant de pénibles picotements. Cependant, son esprit devint plus clair, ou en tout cas commença à l'être. Il pouvait recommencer à penser, un peu.
Aziraphale s'était clairement occupé des humains d'une façon ou d'une autre, ce qui était une bonne chose. Cela voulait dire qu'il n'avait plus besoin d'espérer se désincarner. Il ne serait finalement pas obligé de subir l'imagination humaine.
La douleur s'atténua petit à petit, et il put finalement recommencer à respirer. Il cligna quelques fois des yeux, puis plissa les yeux vers Aziraphale, qui était beaucoup moins flou maintenant.
"Salut,"dit Crowley, la voix rauque ."Salut. Merci."
Aziraphale lui rendit un petit sourire inquiet. "Je t'en prie. Tout va bien?"
"Mieux, hum." Il essaya de s'étirer. Rien ne lui donna envie de hurler. "Mon Dieu. Je suis content que tu sois passé à côté."
"Techniquement, je remontais. Je n'avais aucune intention de passer à côté. Je voulais m'assoir près du feu et manger un peu."
"Peu importe," dit Crowley, trop endolori pour discuter. Il pris la main qu'Aziraphale lui offrait et se mit difficilement en position assise. "Aïe. Du coup, qu'est ce que tu as fais des humains?"
Ils étaient toujours tous assis auprès du feu. Mais au lieu de rire, ils pleuraient tous. Des larmes brillaient sur leurs joues.
Aziraphale rougit. "Oh. J'ai juste fait un léger miracle pour les encourager à utiliser leur imagination."
Maintenant que Crowley comprenait mieux, il sourit. "Laisse moi deviner. Pour penser aux conséquences de leurs mauvaises actions?"
"Mhm." Aziraphale fixa les humains en train de pleurer avec une certaine satisfaction. "Je pense que ça a été plutôt efficace."
"Oui, particulièrement parce que les humains sont beaucoup plus imaginatifs que les démons. S'ils imaginent l'Enfer, ils le voient bien pire que ce qu'il n'est réellement." Des larmes de soulagement piquèrent les yeux de Crowley, et il les cacha en prenant Aziraphale dans ses bras. "Ils avaient prévu de me garder. Je voulais vraiment pas découvrir les choses qu'ils imaginaient"
Aziraphale le serra doucement dans ses bras, "Chut, tu n'as pas besoin de t'inquiéter de ça maintenant. S'ils sortent de cet état, je ferai simplement un autre miracle pour les encourager à continuer leur contemplation."
Crowley renifla. Des larmes glissaient sur ses joues, et il n'arrivait pas à réprimer quelques sanglots silencieux. Il n'avait toujours pas réussi à arrêter de trembler.
Heureusement, Aziraphale ne releva aucune de ses réactions. Il tint simplement Crowley dans ses bras, en faisant attention à ne pas aggraver ses douleurs, une main traçant de lents et prudents cercles sur son dos. L'autre tenait l'arrière de la tête de Crowley, se baladant dans ses cheveux.
Même si ses tremblements continuèrent—ou possiblement ses frissons, il avait toujours froid malgré la chaleur d'Aziraphale—Crowley étouffa de nouveaux sanglots. Sangloter n'était pas agréable du tout compte tenu d'à quel point il était endolori. Il appréciait l'étreinte, et le simple confort de la présence d'Aziraphale.
Ses respirations se firent plus régulières, et il se sentit bientôt de nouveau lui même. Il se blottit dans le cou d'Aziraphale, ne s'écartant toujours pas. "Merci pour le sauvetage, mon ange. Je te suis redevable."
"Tout ça fait partie de l'Arrangement." Aziraphale passa les doigts dans ses cheveux, réussissant à éviter toutes les parties ensanglantées et emmêlées. C'était agréable. "Mais si tu veux me remercier, tu peux m'inviter à diner."
"Génial." Crowley le ferai avec plaisir, du moins après qu'il ai eu sa dose des bras d'Aziraphale. Grâce à Aziraphale, les humains se torturaient eux même avec leur imagination plutôt que lui.
