Actions

Work Header

La cruauté de Mahal

Summary:

Un Destin exceptionnel ne se forge pas dans la facilité. Il est le fruit du labeur, de la douleur et des regrets. Le bonheur n’est jamais qu’éphémère pour les fils de Durin tant que le Mal sera en Terre du Milieu.

Se passe pendant et après les Guerres de l'Anneau.

Texte complet. Un chapitre par semaine.
Après un an de maturation, je vous présente enfin le troisième volet de mon travail sur la lignée de Durin, en espérant qu'il vous plaise.

Notes:

Cette histoire traite de sujets qui peuvent être dérangeant -viol, fausse-couche, deuil. Si cela vous dérange trop, préservez-vous, ne lisez pas.

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

La guerre s’étend comme un feu de forêt. Une ombre venue du Sud attire à elle les Orcs, les mauvais Hommes et toutes les créatures sombres qui parcourent ce monde. Les légions ennemies, si elles ne coulent pas en marées sombres vers les terres désolées d’Ered Lithui, s’amoncellent, à l’est et au nord de la Montagne Solitaire.  

Il n’y a plus de paix. Les Nains et les Hommes se sont alliés pour protéger Erebor, Dale et les terres qui sont les leurs. Les batailles sont nombreuses, comme les pertes, de chaque côté, mais les deux races font front commun, tiennent leurs ennemies à bonne distance de leurs villes.

L’armée des Nains est menée par Thorin lui-même. Mais elle est si grande maintenant, comme si Mahal dans sa grande connaissance, n’avait permis à son peuple de prospérer que pour cela, qu’il ne faut rien de moins qu’un prince pour en diriger la moitié. Aussi Kili est-il au front lui-aussi, quand Fili reste défendre Erebor et gouverner.

Et Fili gouverne. Ce n’est pas une régence. Il est roi sous la montagne, porte la couronne de Thorin, que le roi lui a remise à son départ, et, caché de tous, son ventre s’arrondie doucement de sa descendance. Sa parole n’est pas remise en question et, contrairement à ce qu’il s’est passé quelques années plus tôt, il est en droit de s’assoir sur le trône.

Les corbeaux vont et viennent, l’informent du déroulé des batailles, de la bonne santé de ses Alpha. Chaque fois qu’un oiseau vient lui porter des nouvelles du front, il espère que ce soit pour lui conter la victoire absolue de leur armée. Mais la guerre s’éternise et au fil des mois, il hésite.

Thorin et Kili ne savent pas qu’il est enceint. Lui-même ne le savait pas quand ils s’en sont allé guerroyer. Et quand il a compris son état, il a longuement douté. Il sait que ses Alpha reviendront s’ils devaient apprendre la bonne nouvelle. Mais il sait aussi que ce ne sont pas de petite bataille, qu’il en va de la survie du Nord et qu’il faut les fils de Durin à la tête de l’armée pour avoir une chance de gagner.

Et Fili se dit aussi qu’il peut le faire. Il a l’instinct, une connaissance, quelque chose de primal, dans ses tripes, qui lui dit qu’il parviendra à protéger son enfant jusqu’au retour de ses Alpha. Fili est fort, il n’est pas Dis, qui a failli mourir et a dû s’offrir à un Alpha sans prendre le temps de vivre son deuil, il n’est pas comme n’importe qui d’autre. Il est un fils de Durin l’Immortel. Il est roi sous la montagne. Il peut le faire et le fera.

Le prince-roi s’épuise, il le sait, il le sent, mais il peut tenir, il peut attendre la fin de la guerre et la victoire des siens. Il le doit, parce qu’il veut un monde où les malheurs de sa lignée ne seront plus qu’un lointain souvenir pour son enfant.

Personne, pas même Oin resté à Erebor, ne sait son état. Il ne sera visible que vers la fin de la grossesse et il faudrait qu’un Alpha l’approche d’une façon trop intime pour que son odorat l’en informe. Fili est passé maitre dans l’art de maitriser son aura, et il cache bien son jeu.

Il a hâte de le dire à ses Alpha, de vive voix, hâte de voir leur réaction et espère qu’ils seront fiers et heureux de la nouvelle. Kili et Thorin le sauront immédiatement quand ils reviendront. S’ils reviennent seulement. Les malheurs de leur lignée les rattrapent toujours.

La guerre est rude, l’ennemi toujours plus puissant, poussé par les flammes féroces de l’Œil. Si l’alliance des Hommes et des Nains est forte, elle faiblie à cause des pertes, à cause des longs mois passé loin des leurs et de leurs foyers.

Les Nains se languissent d’Erebor, les Hommes, de Dale. Et il vient un temps où leurs forces ne suffisent presque plus, où les Orcs les acculent, les tiennent et les harcèlent, si proches de la victoire que tout semble perdu.

Les corbeaux ne reviennent pas à Erebor.

Fili n’est pas devin, mais il sait lire les présages. Sait que quand il n’y a plus d’ailes noires pour sillonner le ciel, la chute est proche. Et c’est quelque chose qu’il n’est pas prêt à voir venir. Mahal peut lui imposer n’importe quelle souffrance, il n’y en a qu’une qu’il refusera quel qu’en soit le prix.

Le roi sous la montagne ne sait pas que pour une fois, Mahal l’écoute.

Contre l’avis de tous, parce qu’il n’est pas digne d’aller quémander de l’aide ainsi, Fili, accompagné d’une escorte, quitte la montagne, monté sur les béliers les plus rapides qu’ils ont. Il y en a aussi quelques un, ses plus proches soutiens, qui le connaissent et ont foi en lui, qui voient sa fatigue chaque jour plus grande et qui commencent à douter de quelque chose, parce qu’ils savent que leur prince-roi n’est pas un Omega comme les autres, qui lui déconseillent ce dangereux périple.

Fili n’écoute personne et il ne faut que quelques heures d’une chevauchée intense, qui laisse le roi fourbu et douloureux, pour gagner le palais de Thranduil. Par respect pour l’amitié fragile qui unie maintenant les deux peuples, le roi des Elfes accepte de le recevoir, mais il faut encore de longues heures, à se tenir debout, à négocier, de toutes ses forces, de tout son cœur, pour convaincre Thranduil d’envoyer son armée.

Finalement, les Elfes rejoignent l’alliance des Hommes et des Nains, viennent au secours de Brand, de Thorin, de Kili, et de tous les autres guerriers qui se battent et survivent, du mieux qu’ils peuvent, prit au piège dans une vallée des Monts de Fer.

Le prince-roi est revenu sous la montagne, et malgré la douleur qui ne l’a pas quittée depuis sa terrible chevauchée, Fili gouverne toujours. Quand il apprend la nouvelle, le soulagement ou la souffrance, a raison de lui et il s’effondre.

Mahal l’a écouté, lui a laissé ses Alpha, lui a pris son fils.

ooOoo

Fili est assis sur le lit entre les jambes de son frère et il s’accroche à son pantalon, tire dessus et sert les dents, refuse de crier, refuse de pleurer alors qu’il saigne, qu’il saigne tellement. Il n’écoute pas Oin, n’a d’oreille pour personne, pas même Kili dans son dos qui l’invite à faire ce que le guérisseur lui demande.

Mais la voix de l’Alpha est faible, son ton perdu, comme son regard. Kili tiens son frère, le soutiens, mais sa prise est lâche, sa tête oscille, il ne sait trop ce qu’il doit regarder. Et ce qu’il ne veut pas voir. Il y a trop de sang entre les jambes de son frère, et il devine trop de douleur chez lui pourtant, pour la première fois, il ne sent pas le besoin vital de le protéger, ne s’inquiète pas pour lui. Son cœur incertain se leurre, espère que les choses peuvent bien finir.

Mais Thorin, qui est debout dans un coin de la chambre royale de l’aile de soin sait que les choses ne finiront pas bien. Le roi porte encore son armure de métal sombre, ses mains sont toujours tâchées du sang des Orcs qu’il a repoussé encore le matin même. Sa mine est terrible, sans pitié pour son Omega qui souffre non loin.

- Tu vas te tuer si tu ne pousses pas ! Finit par s’écrier Oin, fatigué de ne pas être entendu.

A cela, le roi tourne la tête, regarde Fili et s’approche enfin. Sa poigne est dure quand il lui saisit le menton, et son regard de pierre quand il croise les yeux voilés de douleur de son Omega, son aura lourde et agressive. Quand il parle, ses mots tombent comme un couperet, cruels et violents :

- L’enfant est mort. Dit-il. Fait ce qu’Oin t’ordonne.

- Non…

Malgré la menace de son Alpha, malgré la douleur dans son ventre, Fili n’arrive pas à se résigner. Il refuse le funeste destin que lui impose Mahal. La lueur de défis dans son regard se noie dans la douleur, et Thorin gronde, agacé, alors que sa prise sur son menton se fait douloureuse :

- Obéis. Ordonne-t-il.

Et il le relâche, le repousse même, lui tourne le dos et s’éloigne. Le roi ne lui laisse aucun choix et Kili, dans son dos, qui a tout vu, tout entendu, n’intervient pas parce qu’il ne sait pas qui il doit défendre. A Fili, il préfère l’enfant, son enfant, qui ne grandira pas, qui ne connaitra pas la splendeur d’Erebor, dont il ignorait tout il y a peu de temps encore mais qu’il s’est senti si près à accueillir.

Il faut encore de longues heures, et tant de sang versé, avant que la sinistre délivrance ne se fasse, laissant Fili malade et fiévreux, délaissé par ses Alpha.

 

A suivre...